• Dec 2, 2025

« J'ESPÈRE QU'IL IRA MIEUX »

La situation clinique

Nora, séparée de Marc depuis plusieurs mois, récemment installée dans son nouveau chez-elle, me partage qu’elle a le sentiment d’atterrir enfin, d’une période de perte de repères et de grands bouleversements, ressentis comme un cyclone : la recherche d’appartement, la répartition des affaires, les formalités, les annonces aux proches, l’annonce à Léo, leur fils de 7 ans, le déménagement, les enjeux sociaux, le travail..

Et que cette sensation d’atterrir s’accompagne d’une palette émotionnelle si variée qu’elle ne sait quoi en faire, ni quoi choisir, ni même quoi en penser.

Comment savoir quoi faire maintenant ? Comment comprendre tout ce qui s’est passé ? Quoi en penser ? Quoi dire, quoi faire ? Quoi se raconter ? Quoi faire des 'Et si…'

 

Léo a l’air d’aller bien, il semble trouver ses repères entre les deux appartements. Il rit, il joue, il chante. Mais quand Nora croise Marc durant les transitions de Léo, elle le trouve triste. Elle l’entend plaindre à haute voix son enfant, relevant la nouvelle configuration d’un quotidien partagé entre ses deux parents. Il semble percevoir une tristesse chez Léo que Nora ne ressent pas.  

Nora, qui décrit Marc comme quelqu'un de pragmatique et très rationnel se demande si c'est un moyen pour lui d’accéder à sa propre tristesse de la situation.

« Je comprends qu'il souffre aussi et je lui souhaite d’accepter les mains qu’on lui tend pour se confier et recevoir du soutien s'il en a besoin » dit-elle.

« J’espère qu’il ne va pas se replier sur lui-même et s'enfermer dans tout ça. J'aimerais qu'il se sente bien, vraiment. »

 

Parfois, des symptômes d’hypocondrie, des focus obsessionnels et des projections émotionnelles semblent envahir Marc.

J'explique à Nora la fonction de ces « îlots de désorganisation » et de ses précieux indicateurs et signaux. Des tentatives de son psychisme d'exprimer quelque chose qu'il ne sait pas encore nommer. Que pour quelqu'un qui fonctionne habituellement dans le contrôle rationnel, ces moments d'hypocondrie ou de projection émotionnelle sont parfois les seules voies d'expression disponibles pour une détresse qu'il ne peut pas formuler autrement.

Fin de séance

Pourtant, à la fin de notre échange, elle me redit : « J'espère quand même qu'il ira mieux. »

Je lui réponds que c'est important qu'il aille mal par endroits. Qu'il ressente pleinement ce qui se passe pour lui. Qu'il traverse ses émotions, même si elles sont déroutantes, intenses et désagréables, même si elles l’inquiètent. Parce que c'est comme ça que l'on intègre un événement de vie. C'est comme ça que l'on traverse un deuil, une séparation, une perte. En le vivant, pas en l'évitant.

Ces îlots de désorganisation et de projection émotionnelle sont de bons indicateurs. Son système cherche à réguler, à intégrer. Ce n'est pas linéaire, ce n'est pas confortable, mais c'est fonctionnel. Ressentir une émotion désagréable n'est pas un problème. C'est une étape essentielle dans un processus naturel.

 

La question de la souffrance est inévitable. Et tenter d’essayer de préserver l’autre de la souffrance est un réflexe humain.

Mais ce réflexe de préservation par l’évitement parle aussi de notre propre inconfort face à la tristesse, la culpabilité. Du besoin que tout redevienne 'bien' pour que tout le monde puisse s’apaiser.

Quand j’entends 'j'espère qu'il ira bien', j'entends aussi : 'J'espère que je n'aurai pas à porter le poids de sa souffrance. J'espère qu'il ne me renvoie pas ce que j'ai causé. J'espère que je peux me délier progressivement de ma culpabilité'.

La juste tonalité émotionnelle

C'est une question centrale : cette idée que nos émotions doivent correspondre à ce que nous vivons. Que si on vit une séparation, il est normal, sain, adapté d'être triste. Que si on vit un deuil, il est légitime d'avoir mal.

Quand vous êtes vraiment triste, et que vous vous autorisez à écouter une musique affreusement triste, vous vous sentez parfois... mieux. Pas 'bien', mais aligné. Parce qu'il y a une congruence entre ce que vous ressentez à l'intérieur et ce que vous accueillez de l'extérieur. Ça valide votre ressenti. Ça dit : 'Oui, c'est normal et juste d'être triste là-maintenant.'

Imaginez que quelqu'un arrive à ce moment-là et vous dise : 'Allez, écoute quelque chose de joyeux, tu vas voir, ça va te remonter le moral !' Qu'est-ce que ça vous fait ?

Sans le vouloir, implicitement, cela signifie à l’autre : 'Arrête d'être triste. Va mieux. Sois dans le positif’, alors qu’il a besoin d’être triste, pleinement.

Les narratifs que nous nous racontons

C’est aussi la question des narratifs qu'on se raconte. Ces histoires qu'on construit pour donner du sens à ce qu'on vit, pour tenter de rendre cohérent ce qui est, en réalité, contradictoire.

Le cerveau cherche toujours la cohérence.

Quand on ressent de la tristesse, tout un réseau neuronal s'active : des souvenirs tristes, des pensées négatives, une vision pessimiste. Et notre cerveau tente de tout aligner pour que ce soit cohérent. Donc si Marc est triste, il va voir de la tristesse partout, y compris chez Léo, même si Léo va bien. Ce n'est pas que de la projection. C'est un biais de cohérence.

Et inversement, si nous, à ce moment-là, on se sent bien, on active un réseau différent. C'est ce que voit Nora de Léo, quand il rit, chante, et s'adapte. Ce n'est pas que l'un des deux a raison et l'autre tort. C'est qu'ils habitent des zones émotionnelles différentes à ce moment-là.

En réalité, toutes ces parties cohabitent en nous, avec leurs contradictions. Et selon là où on met notre attention, on active telle ou telle zone. C'est pour ça qu'on peut pleurer le matin et rire l'après-midi. Ce n'est pas de l'incohérence. C'est juste... le fonctionnement du psychisme humain. Complexe, multiple, vivant. Et tout a sa place et sa fonction.

La linéarité de nos besoins narratifs, prisonniers de nos biais perceptifs et cognitifs, nous contraint à lire et analyser ce que l'on vit dans un espace-temps chronologique.

En réalité, notre cerveau comble les zones aveugles et non intégrées sans que l'on s'en aperçoive transformant nos angles de vue.

Le cerveau est structuré et fonctionne sur un ensemble de réseaux très complexe, dynamique, interrelié, parfois isolés (dans le cas de mémoires traumatiques par exemple), et non comme une ligne de vie, traversée par l'espace-temps où les événements s'enchaîneraient, les uns après les autres. Ce n'est qu'une illusion trompeuse.

Co-construction des Processus

 

De manière circulaire, nous participons à l'ensemble de la dynamique de nos interactions. C'est une co-construction permanente. Nous sommes toujours responsables de notre part dans ces processus partagés, sans pouvoir la délimiter clairement.

Dans le cadre d'antécédents de heurt relationnel, et quand notre présence n'est plus la bienvenue, le plus difficile est de faire confiance au processus qui incombe à l’autre, tout en tolérant qu'il soit là où il est, et que par endroits, cela renvoie à notre culpabilité.

Le bien-être de l’autre n'est pas de notre responsabilité, même si on y contribue. C'est égal pour le mal-être. Nous sommes responsables de nos actes, mais pas responsables de la capacité ou volonté de l’autre à traverser ses émotions et la manière dont il le fait.

Cela parle aussi de nos projections du monde version Bisounours : ce monde où l'agréable est positif et le désagréable est négatif (et pourquoi c'est problématique)

GRILLES DE LECTURE

1. PRISME PSYCHOLOGIE DES ÉMOTIONS : La fonction adaptative des émotions désagréables

Dans notre culture occidentale moderne, les émotions sont souvent classées en deux catégories : positives (joie, enthousiasme, sérénité) et négatives (tristesse, colère, peur). Cette dichotomie est profondément problématique car elle pathologise des émotions qui sont, en réalité, fondamentalement adaptatives. Mieux vaut les situer dans l'agréable ou le désagréable.

Les recherches en psychologie des émotions (Paul Ekman, Lisa Feldman Barrett, Jaak Panksepp) montrent que toutes les émotions ont une fonction :

La tristesse signale une perte et active des comportements de retrait, de repos, de repli. Elle dit : « Quelque chose d'important a disparu. J'ai besoin de temps pour intégrer cette perte. » Elle ralentit notre rythme, nous incite à réfléchir, à faire le deuil. Sans tristesse, pas de deuil. Sans deuil, pas d'intégration des événements (risque de mémoires cristallisées, isolées, traumatiques).

La colère signale une injustice, une frontière violée. Elle mobilise l'énergie pour se défendre, pour poser des limites. Sans colère, on reste dans la soumission, l'acceptation passive de ce qui nous fait du mal.

La peur signale un danger. Elle active des réponses de protection (fuite, combat, figement). Sans peur, on se mettrait en danger constant.

Quand Nora souhaite que Marc "aille bien", elle souhaite en réalité qu'il n'éprouve pas ces émotions désagréables. Mais c'est comme souhaiter qu'il ne ressente pas son propre système d'alarme interne. C'est vouloir court-circuiter un processus qui est là pour l'aider à traverser.

2. PRISME SOCIOCULTUREL : La tyrannie du bonheur obligatoire

Nous vivons dans ce que la sociologue Barbara Ehrenreich appelle une culture du « positive thinking » - une injonction permanente au bonheur, à la pensée positive, à l'optimisme.

Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène : tout le monde affiche des vies souriantes, épanouies, réussies. Les émotions désagréables sont invisibilisées, traitées comme des échecs personnels, des preuves qu'on ne sait pas "gérer" sa vie.

Cette culture crée une violence symbolique : si tu es triste, c'est que tu n'as pas assez travaillé sur toi, pas assez fait de gratitude, pas assez médité, pas assez pensé positif. La tristesse devient une faute morale.

Le monde "Bisounours", c'est exactement ça : un monde où seul l'agréable est acceptable, où le désagréable doit être rapidement évacué, "réparé", transformé en leçon positive.

Mais cette pression a des effets dévastateurs :

  • Elle culpabilise ceux qui ressentent des émotions désagréables

  • Elle isole (« Si tout le monde va bien sauf moi, c'est que je suis le problème »)

  • Elle empêche le processus naturel de régulation émotionnelle

  • Elle crée de l'évitement émotionnel, qui est une des bases de nombreux troubles psychologiques (anxiété, dépression, addictions)

Il y a aussi une dimension genrée importante ici : les femmes sont socialisées à être garantes du bien-être émotionnel de leur entourage. Elles doivent apaiser, consoler, rassurer, réparer. Quand quelqu'un autour d'elles va mal, elles se sentent responsables de le "remettre bien".

 

3. PRISME NEUROSCIENCES COGNITIVES : Réseaux neuronaux et biais de cohérence

Le cerveau humain est une machine à chercher la cohérence. Il fonctionne par réseaux associatifs : quand une émotion, une pensée, ou une sensation est activée, elle active automatiquement tout un ensemble de souvenirs, d'associations, de perceptions liées.

C'est ce qu'on appelle la mémoire dépendante de l'état : quand vous êtes triste, vous avez plus facilement accès à des souvenirs tristes. Quand vous êtes joyeux, vous accédez plus facilement à des souvenirs joyeux.

Ce phénomène explique pourquoi Marc "voit" de la tristesse chez Léo alors que Nora n'en voit pas. Marc, dans son propre état de tristesse, active un réseau neuronal qui filtre le monde à travers cette tonalité. Il n'invente pas - il perçoit réellement, mais à travers un biais de cohérence émotionnelle.

De même, Nora, qui va mieux, active un réseau différent. Elle voit que Léo s'adapte, qu'il rit, qu'il joue. Ce n'est pas qu'elle est dans le déni - c'est qu'elle habite une autre zone émotionnelle.

Le piège, c'est de croire qu'une de ces perceptions est "vraie" et l'autre "fausse". En réalité, elles sont toutes les deux partielles. Léo va probablement bien ET a des moments de tristesse. Mais selon où on met notre attention (focus attentionnel) et selon notre état émotionnel, on voit l'un ou l'autre.

Les neurosciences nous enseignent aussi que toutes ces zones émotionnelles cohabitent en nous, en parallèle. On peut être triste ET soulagé. On peut pleurer de tristesse ET ressentir de la gratitude. Le cerveau n'est pas binaire. Il est multidimensionnel.

Ce qui crée l'impression d'incohérence, c'est notre besoin narratif : on veut raconter une histoire simple. « Je vais bien » ou « Je vais mal ». Mais la réalité est : « Je vais bien ET mal, selon les moments, les zones, les focus. » Et c'est normal. C'est même sain.

4. PRISME SYSTÉMIQUE/RELATIONNEL : Projection et gestion émotionnelle par procuration

D'un point de vue systémique, ce qui se joue entre Nora et Marc est une dynamique indirecte de co-régulation dysfonctionnelle.

Nora tente de réguler les émotions de Marc à distance. Elle capte son état émotionnel quand c'est possible, elle s'inquiète, elle souhaite qu'il aille mieux. Mais cette préoccupation n'est pas neutre. Elle porte plusieurs enjeux :

1. La culpabilité : Si Marc va mal, c'est (en partie) à cause de certains agissements et non-agissements de Nora. Donc s'il va bien, elle peut se déculpabiliser. Son besoin qu'il aille bien est aussi un besoin qu'elle soit autorisée à aller bien elle.

2. La tentative de contrôle : En souhaitant qu'il aille bien, elle tente de garder une forme de contrôle (à visée d'apaisement) sur sa vie émotionnelle à lui. « Si je veux assez fort qu'il aille bien, et que j'adoucis certains contours de notre nouvelle configuration, peut-être qu'il ira bien. » Mais elle peut difficilement agir sur son processus à distance. Et cette impuissance la renvoie à son impuissance et zones d'incompréhension plus large face aux conséquences de leurs choix.

3. Les frontières floues : Dans un couple, les frontières émotionnelles sont poreuses. Et après une séparation, il est difficile de discerner ce qui nous incombe ou non. Nora est en train de redéfinir et ressentir ce qui est à elle (sa tristesse, sa culpabilité, son processus) et ce qui est à lui (sa tristesse, son processus, ses besoins). Elle porte encore émotionnellement une partie de ce qui devrait rester chez lui.

4. La triangulation avec l'enfant : Léo devient un baromètre de l'état émotionnel de Marc. « Si Marc dit que Léo va mal, c'est que Marc va mal. » Léo est pris dans une triangulation classique en période de remaniement : chacun projette sur lui sa propre tonalité émotionnelle et utilise son état supposé pour valider sa propre perception.

Le travail thérapeutique consiste à :

  • Différencier : « Qu'est-ce qui est mon émotion et qu'est-ce qui est la sienne ? »

  • Lâcher le contrôle : « Je ne peux pas le soulager de sa tristesse. Et ce n'est pas mon rôle. »

  • Tolérer la culpabilité : « Oui, mes actes ont eu des conséquences. Oui, il souffre. Je peux reconnaître ma responsabilité sans porter son processus. »

5. PRISME PROCESSUS DE DEUIL & DÉSYNCHRONISATION

Nora et Marc vivent une désynchronisation classique dans les séparations : elle est "de l'autre côté", quand lui est encore "dedans", par moments et par endroits, et inversement.

Les recherches sur le deuil (Kübler-Ross, Worden, Stroebe) montrent que le processus n'est pas linéaire. On ne passe pas du déni à la colère, puis à la dépression, puis à l'acceptation de façon ordonnée. On oscille entre des moments d'acceptation et des moments de rechute, entre des zones de mieux-être et des zones d'effondrement. Souvent durant plusieurs années, à des niveaux d’intensités et des zones de réactivations différentes selon les contextes.

 

Les pièges ordinaires du court-circuit émotionnel

Le parent qui dit à l'enfant qui pleure : « Allez, c'est pas grave, ça va aller. » Avant même d'avoir accueilli l'émotion. Résultat : l'enfant apprend que sa tristesse n'est pas légitime, qu'elle doit être rapidement évacuée, sans même la situer.

L'ami qui dit : « Tu vas voir, demain tu verras les choses autrement. » Peut-être. Mais aujourd'hui, maintenant, j'ai besoin de sentir ce qui est là. Le réconfort trop précoce avorte le processus naturel.

La culture du "positive vibes only" sur les réseaux sociaux : Tout le monde affiche des vies souriantes. Les émotions désagréables sont invisibilisées ou théâtralisées. Résultat : on se sent seul·e dans sa tristesse, comme si c'était anormal. La solitude subie et honteuse est un facteur de souffrance.

Le risque : À force de se faire dire qu'on devrait aller bien, on finit par réprimer, éviter, enfouir. Et ces émotions non accueillies finissent par ressortir autrement : anxiété, somatisation, dépression, addictions.

6. PRISME ATTACHEMENT : Réparation et besoin de sauvetage

D'un point de vue du processus relationnel d'attachement, le besoin de Nora que Marc "aille bien" peut aussi être compris comme un besoin de réparation.

La théorie de l'attachement (Bowlby, Ainsworth) nous enseigne que nous portons des modèles internes opérants (MIO) : des représentations de nous-mêmes et des autres, construites dans l'enfance, qui guident nos relations adultes.

Si Nora a grandi avec un modèle où « je suis aimable si je répare, si je prends soin, si je console », alors voir Marc souffrir réactive ce modèle. « Si je ne le console pas, si je ne le soulage pas, c'est que je ne vaux rien »

Il y a aussi la dimension de culpabilité d'attachement : « Si je cause de la souffrance à quelqu'un que j'ai aimé, c'est que je suis mauvaise. » Pour tolérer cette culpabilité, il faut qu'il aille bien. Parce que s'il va bien, je ne suis pas si monstre.

Mais cette logique est piégeante. Parce qu'elle fait dépendre son estime d'elle-même de l'état émotionnel de l'autre. Elle perd son autonomie émotionnelle.

Le travail thérapeutique consiste à :

  • Différencier : « Je peux reconnaître que mes actes ont causé de la souffrance sans que ça définisse toute ma valeur. »

  • Tolérer la culpabilité sans chercher à la réparer immédiatement

  • Accepter qu’on ne peut pas "annuler" ce qui s'est passé en rendant heureux aujourd’hui ou demain, et que ces deux niveaux cohabitent en parallèle, parfois en contradiction

7. PRISME PHILOSOPHIQUE/EXISTENTIEL : Qu'est-ce que "bien aller" ?

D'un point de vue existentiel (Sartre, Heidegger, Frankl), la question « j'espère qu'il ira mieux » soulève une interrogation plus vaste : Qu'est-ce que "bien aller" ?

Dans une vision hédoniste, "bien aller" = éprouver du plaisir, éviter la souffrance. Mais cette vision est réductrice.

Une vie authentique n'est pas une vie sans souffrance. C'est une vie où on traverse pleinement ce qui nous arrive. Où on habite ses émotions, même désagréables. Où on ne fuit pas.

Viktor Frankl, survivant des camps, parlait de la quête de sens plutôt que de bonheur. Ce n'est pas « suis-je heureux ? » mais « est-ce que ma vie a du sens ? » et « comment contribuer à ce que ma vie est encore plus de sens ».

Et parfois, le sens passe par la souffrance. Par la traversée errante et orageuse. Par l'acceptation de ce qui est.

Parfois, aller mal, c’est notre façon d’habiter ce qui nous arrive. De donner du sens à nos pertes. De ne pas minimiser, de ne pas faire comme si ce n'était rien.

Il n’y a pas d’émotion illégitime. Personne n’a à décider de quand on "doit" aller mieux. Pas même notre propre rationalité.

AXES THÉRAPEUTIQUES

 

Normalisation des émotions désagréables

Pratiquer la congruence émotionnelle : Quand vous êtes triste : écoutez de la musique triste. Regardez un film triste. Lisez des poèmes mélancoliques. Habillez-vous dans des couleurs qui reflètent votre état.

Non pas pour vous enfoncer, mais pour vous aligner. Pour dire à votre système : « Oui, c'est normal de ressentir ça. »

  

Travail sur la différenciation : son processus vs. le mien

  • « Qu'est-ce qui est MON émotion face à la séparation ? » (culpabilité, soulagement, tristesse)

  • « Qu'est-ce qui est SON émotion ? » (tristesse, colère, désarroi)

  • « Où sont les frontières entre nous ? »

  

Exploration de la culpabilité et de la réparation

  

Travail sur les paradigmes : monde Bisounours vs. monde complexe

Toutes les émotions ont leur place. Toutes sont informatives. Toutes sont fonctionnelles. Toutes cohabitent. Quoi que nous en pensions.

  

Permission de lâcher le contrôle en tolérant son impuissance

MOUVEMENTS DE RESILIENCE RELATIONNELLE

Nous pouvons avancer, quand nous laissons les émotions circuler et communiquer.

Et c'est peut-être ça, finalement : permettre à chacun d'habiter sa tonalité émotionnelle, sans chercher à la corriger, à la sauver, à la normaliser.

Valider, reconnaître, trouver les mots justes pour décrire ce que l'on (ou l'autre) ressent suffit, quand une traversée émotionnelle nous saisit.

  

Parce que c'est précisément dans cette permission mutuelle d'habiter pleinement nos émotions - même les plus inconfortables - que se construit une qualité relationnelle authentique.

Et c'est dans cette capacité à composer avec nos paysages émotionnels complexes, plutôt que de les fuir, que se trouve la voie vers une vie intérieure pleinement habitée.

Reste à chacun de repérer quand la solitude des ressentis devient souffrance, pour pouvoir faire appel à des ressources extérieures.

Laurine - Psychologue & Créatrice d'espaces intérieurs habités


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